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Ferme de Germainville : quand le végétal et l’animal se marient

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il y a 3 semaines

Por Fabien Perrot , ingénieur et agriculteur à Germainville (Eure-et-Loir)

La ferme de Fabien Perrot produisait essentiellement des céréales avant qu’il ne fasse le choix d’introduire un magnifique cheptel de bovins qui compte aujourd’hui 200 animaux et un cheptel ovin d’une trentaine de brebis et leurs agneaux. Sur cette exploitation de 260 ha, il a également fait le choix de planter des haies, de diversifier l’assolement avec plus d’une quinzaine de cultures différentes et de cultiver des légumes de plein champs grâce à la mise en place de l’irrigation, et de labelliser tout cet ensemble en agriculture biologique. Résultat : une synergie remarquable entre le végétal et l’animal où la biodiversité retrouve toute sa place.

Ecrire sur une thématique agricole. L’exercice semble facile. En tant qu’agriculteur passionné, les débats liés à ce milieu m’animent. Il est fréquent qu’une question en soulevant une autre, les discussions s’éternisent pendant des heures, avec l’invariable conclusion que notre monde professionnel est de plus en plus complexe, et qu’aucune vérité absolue ne peut être gravée dans le marbre.

Néanmoins, à l’heure de choisir la thématique de cet article, je dois bien reconnaître avoir eu quelques difficultés, tant les questions agricoles me semblent interconnectées entre elles. Après réflexion, le sujet cité en titre m’a semblé idéal pour commencer à écrire. En effet, il présente les avantages d’appréhender la complexité des écosystèmes agricoles dans leur globalité, et de pouvoir mettre à profit mes quinze années passées à étudier différents systèmes à travers le monde, et à travailler concrètement sur la transition de deux exploitations vers l’agroécologie. Rien ne vaut l’expérience vécue pour parler avec un maximum de justesse d’un sujet en particulier.

Cette introduction étant faite, entrons dans le vif du sujet.

Synergies, symbioses, complémentarités, résiliences des systèmes, sont des notions dont les mérites sont mis en avant pour l’évolution de nos fermes. Néanmoins, il est souvent difficile d’appréhender les éléments concrets qui peuvent être mis en place à l’échelle d’une exploitation afin de les mettre en pratique. En effet, les sujets techniques traitent souvent d’un point particulier, tel que l’agroforesterie, la fertilité des sols, la biodiversité au sein des agro-écosystèmes, les bénéfices de l’élevage, la gestion des adventices, etc. La difficulté pour les producteurs en quête de changement réside alors d’une part dans le fait que tous ces éléments sont interdépendants les uns des autres, et d’autre part que les solutions concrètes doivent être trouvées à l’échelon local, car leur faisabilité est très liée à l’adaptation à leur terroir.

En termes de diversification de système visant à la création de synergie, mon exploitation (la Ferme de Germainville, située dans le nord du département de l’Eure-et-Loir), qui s’étend sur 260 hectares, peut être étudiée en cas concret. Démarrant d’un système céréalier traditionnel du Thymerais Drouais, le choix a été fait d’introduire un cheptel de bovins de race Angus (environ 200 animaux nourris à l’herbe et élevés en plein-air intégral), un cheptel ovin (une trentaine de brebis et leurs agneaux), de planter des haies intra-parcellaires (environ 1500 arbres d’une trentaine d’essences différentes), de diversifier l’assolement (plus d’une quinzaine de cultures différentes), de cultiver des légumes de plein champs grâce à la mise en place de l’irrigation, et de labelliser tout cet ensemble en agriculture biologique.

Bien que cette diversification n’ait été entamée qu’en 2018, les cinq premières années d’activité montrent que de grandes différences peuvent apparaître entre ce qui peut être imaginé lors de la conception d’un système, et ce qui est en réalité mis en place suite aux différentes adaptations nécessaires pour prendre en compte les réalités du terrain.

Il en ressort toutefois que remettre en place de façon conjointe des animaux et des arbres dans un système céréalier a du sens.

Pour les animaux, les arbres apporteront de l’ombre et auront un effet coupe-vent très important dans un système basé sur le pâturage. Durant les sécheresses estivales, certaines essences pourront être mises à profit pour compléter les ressources fourragères. D’autres pourront avoir un effet antiparasitaire (sorte de vermifuge naturel contre les parasites internes), ce qui limitera l’usage des traitements.

A l’époque ou la lutte contre les gaz à effet de serre devient cruciale, les arbres représentent un puits de carbone très important à l’échelle de l’exploitation. Ce stockage dans le sol viendra compenser les émissions et offrir ainsi un système neutre en carbone voire vertueux si les fixations viennent à dépasser les émissions. Dans quelques décennies, le bois produit sera une source d’énergie alternative et fournira très certainement un matériau de qualité pour une utilisation dans la construction, l’ameublement et bien d’autres domaines.

L’introduction de l’élevage va quant à elle permettre en premier lieu de fertiliser de façon naturelle, à la fois les cultures et les arbres. Les animaux vont également pouvoir valoriser l’herbe des prairies, second puits de carbone très important et habitat d’une très grande biodiversité. Ils vont également permettre de valoriser certaines plantes fourragères ayant un grand intérêt agronomique, car on pourra les introduire dans la rotation des cultures, profitant ainsi à l’ensemble des productions végétales.

Les cultures, profitant de ce nouvel agroécosystème diversifié, pourront se développer de façon saine, sans recours aux produits phytopharmaceutiques ou aux engrais de synthèse. Elles produiront ainsi des aliments sains pour les populations qui les consomment, sans avoir d’impacts néfastes sur l’environnement.

D’une manière générale, il est certain que cet écosystème diversifié, offrant des habitats et des ressources aux pollinisateurs, aux insectes auxiliaires des cultures, aux oiseaux, aux petits mammifères et à toute une chaîne trophique plus globalement, permet de réintroduire une biodiversité indispensable à la pérennité de la production.

Lorsque l’on constate les différents bénéfices ainsi que les nombreux services écosystémiques rendus par ce type de pratiques, une question se pose : pourquoi de telles diversifications ne sont pas mises en place sur l’ensemble des exploitations, et en particulier dans les plus spécialisées, plus sujettes aux différents aléas de tous types ?

Comme pour beaucoup de secteurs économiques à ce jour, les difficultés comme les réussites peuvent dans de très nombreux cas s’expliquer par des facteurs humains. En effet, la diversification d’un système s’accompagne obligatoirement par une augmentation de sa complexité, et donc par la nécessité indispensable d’augmenter le niveau de compétences des équipes de travail. A l’heure ou les difficultés de recrutement sont courantes, dans notre secteur comme dans beaucoup d’autres, cet aspect est crucial. Une fois de plus, l’intérêt d’une réflexion étudiant en priorité les aspects généraux, avant de se focaliser sur les sujets plus particuliers apparaît clairement.

Après cinq ans en transition complète de système de mon exploitation agricole, je suis certain d’une chose : jamais il ne m’aurait été possible de mettre en place l’ensemble de ces changements si je n’avais pas été en mesure de pouvoir m’appuyer sur une équipe solide, prête à accepter les évolutions, et à travailler dur pour mettre en place les changements.

L’agriculture, qui a pu par le passé être jugée comme un secteur « arriéré », serait-elle en réalité une discipline incroyablement complexe dont nous avons encore beaucoup à apprendre ? Serait-elle à la croisée de multiples enjeux de société dépassant la simple question de la production de notre alimentation ? Serait-il nécessaire de cesser de mettre en avant des solutions supposées miracles, pour remettre du fond et de la mesure au cœur de nos débats ?

Espérons que l’avenir nous apporte de la science, de la réflexion, ainsi que des échanges et des partages de connaissances constructifs afin que notre monde puisse poursuivre peu à peu sa transition.

 

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Fabien Perrot

Est ingénieur et agriculteur à Germainville (Eure-et-Loir). L’exploitation agricole de Fabien Perrot compte un cheptel de bovins et un cheptel ovin d’une trentaine de brebis et leurs agneaux. Sur cette exploitation de 260 ha, l’agriculteur a également fait le choix de planter des haies et de diversifier les cultures afin de renforcer la biodiversité de son exploitation

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